Histoire d'Enicar

Modérateur : chezjoe

Répondre
Avatar de l’utilisateur
Copeau
Passionné
Passionné
Réactions : 269
Messages : 2829
Inscription : 07 juil. 2015, 11:24
Contact :

Histoire d'Enicar

Message par Copeau » 27 janv. 2017, 16:40

Article issu de Chronographes.net

https://chronographes.net/2017/01/27/enicar/#more-5950

PUBLIÉ LE 27 janvier 2017

DÉCOUVREZ L’HISTOIRE DE CETTE MARQUE…

Bien que la famille Racine soit présente dans la profession depuis 1708, c’est Ariste (et non Aristide, comme on le lit parfois) Racine qui, en créant sa manufacture en 1913 à La Chaux-de-Fonds, installera son nom dans l’histoire de l’horlogerie suisse.

Image
ENICAR. Publication de l’inscription au registre du commerce, 24 janvier 1914.

Enfin quand je dis son nom… il s’agit en fait de son nom à l’envers car ce facétieux Ariste décide de d’inverser les lettres de son patronyme pour fonder la maison Enicar…

L’ÈRE ARISTE « SENIOR »

Son activité se déploie d’abord en Asie, et notamment au Japon, où il entretient des liens de confiance avec l’importateur, un certain M. Tezohdo. Avec l’appui financier et le soutien de ce dernier, il parvient à financer la création de modèles originaux, tels qu’une montre « patriotique » figurant un visage d’homme politique sur son cadran (gros succès en Russie) ou encore une pratique une montre-boussole pour les militaires…

Image
Image
militaires ENICAR, montre "patriotique", circa 1914.

L’essor rapide de la maison Enicar la pousse à déménager. Elle s’installe donc dans de vastes locaux à l’allure plus industrielle à Longeau, commune voisine de Granges (Nivada), où sont créés les premiers mouvements Enicar, signés « AR » (pour Ariste Racine).



ImageImageImage

Dans le même temps, les débouchés se diversifient et les montres de M.­ Racine s’exportent également sous les noms Alprosa et Chrono M aux États-Unis. D’autres marques sont utilisées, telles que Etsira (Ariste à l’envers… on ne se refait pas !).

Quant à Jules Racine, s’il est cousin d’Ariste, n’a pas pour autant de lien « horloger » avec Enicar puisqu’il est importateur des montres Gallet. Les montres Jules Racine, que l’on rencontre parfois, ne sont donc pas des Enicar rebadgées…

ARISTE « JUNIOR » : UNE NOUVELLE PAGE

Ariste « senior » meurt en 1958 mais son fils, Ariste « junior », lui a succédé formellement dès 1938. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il ne laisse que des traces discrètes de contacts avec les Britanniques et se tient à une politique d’abstention dont bien des maisons horlogères ne s’embarrassent pas, fournissant tant les forces Alliées que celles de l’Axe.

Il faut attendre les années 1950 pour qu’Ariste Racine donne un nouveau souffle à la marque, en l’orientant vers des produits dédiés au sport et à l’aventure et en dotant Enicar de ce logo représentant Saturne, maître du Temps dans la mythologie romaine, qui est encore en usage aujourd’hui.

Son premier fait d’armes est la mise au point d’un procédé innovant pour nettoyer les pièces des mouvements aux ultrasons avant leur montage. Baptisé Ultrasonic, ce procédé donnera son nom à une gamme lancée dans les années 1950. Enicar y applique également deschoix techniques intéressants en matière d’étanchéité.

Image

C’est un événement historique qui marque cependant le tournant. En mai 1956, Lhoste Mountain et l’Everest sont vaincus par une expédition dont les membres ont le bon goût de porter une Enicar Seapearl. Voilà la marque suisse propulsée, d’un coup d’un seul, sur le Toit du monde et à la une des médias …

Cette géniale opération de marketing (dont d’autres marques étaient déjà coutumières : Rolex biensûr, mais aussi Nivadaavec son Antarctic, par exemple) se transforme en tremplin commercial et la marque Enicar poursuit sur cette lancée. Ainsi, une montre Enicar, fixée à la quille du Mayflower afin de tester sa robustesse lors d’une traversée de l’Atlantique, ressort de l’eau en parfait état de marche, donnant naissance à la gamme Ocean Pearl (mouvement AR 1140)… L’aventure himalayenne reste cependant le principal point d’ancrage de la politique marketing d’Enicar pendant des années, avec la création de la gamme Sherpa.

En matière mécanique, la manufacture développe toujours ses mouvements et sort ses premiers calibres à remontage automatique en 1962 (gammes 112x et 114x), sous le nom « Rubirotor ». Cependant, à peine quelques années plus tard, Enicar abandonne — comme quelques autres tels que Universal Genève — la production de ses propres mouvements pour privilégier désormais les fournisseurs génériques. Mouvements AS et Valjoux succèdent aux « AR » et les modèles gagnent en compétitivité ce qu’ils perdent en spécificité.

Du côté des plongeuses, Enicar privilégie l’utilisation des boîtiers Super Compressor (EPSA) à double couronne, et parvient à allier, sans vraiment d’équivalent à l’époque sur ce type de modèle, la qualité technique et la créativité du design.

Image

Du côté des chronographes, Enicar ne jure très vite que par le prestigieux Valjoux 72 et livre une série impressionnante de modèles dédiés tantôt à la course automobile, tantôt aux sports nautiques, sans négliger non plus les versions GMT.

Image
Chronographe réf. 2303, cal. Valjoux 72, circa 1960.
Image
Chronographe réf. 2234, cal. Valjoux 72,circa 1970.

LA COLLECTION DØGEN : UN MUSÉE VIRTUEL

Image

(Parenthèse personnelle.) Døgenest à Enicar ce que le regretté Noodiafut à Heuer et Universal Genève : un collectionneur très averti doublé d’un esthète hors pair. C’est en consultant les comptes Flickr de l’un et de l’autre que j’ai, je crois, connu parmi mes premiers grands chocs horlogers et vu naître le besoin impérieux d’approcher ces objets de plus près, de les mettre devant objectif et de les capturer de mon mieux. Cette page est aussi une occasion de rendre hommage à leur talent et de les remercier pour ce qu’ils ont éveillé en moi. (Fin de la parenthèse personnelle.)


Enicar, comme bien d’autres, connaît donc son apogée dans les années 1960. La suite est moins gaie : si les années 1970 sentent le déclin, les années 1980 sentent carrément le sapin. L’arrivée du quartz fait des ravages et Enicar n’échappe pas à la crise. En survie pendant quelques années, la manufacture dépose le bilan en 1988. Le stock de mouvements est cédé à Chronoswiss et le nom est racheté par un investisseur asiatique qui poursuit l’aventure avec des modèles bien éloignés de l’esprit d’origine — bien que l’origine suisse soit explicitement revendiquée.

Reste donc aujourd’hui de très nombreuses merveilles issues des heures de gloire. Découvertes sur le tard par les collectionneurs (hormis quelques amateurs éclairés et précurseurs), les montres Enicar sont désormais au firmament. N’est-ce pas d’ailleurs Saturne qui brille, là-haut ?


RÉFÉRENCES

Forumamontres. [Fr] Cette page ne serait rien sans la remarquable présentation publiée par Absolutz en 2012.
AHSOC. [En ] L’histoire d’un épisode particulier de la marque Enicar autour de la Seconde Guerre mondiale.
Enicarcollectors.net. [En] Quelques informations complémentaires, notamment sur les mouvements de la manufacture.
Thespringbar.net : « Enicar Sherpa Collectors Guide Part 1 (Single Crown Models) ». Un article de référence.
Moonphase.fr : « Jim Clark et son Enicar Sherpa Graph ». Les vainqueurs de l’Everest ne sont pas les seuls personnages illustres à avoir porté une Enicar : un coureur automobile du nom de Jim Clark a immortalisé un chronographe devenu aujourd’hui aussi réputé que le « Jochen Rindt » (Heuer) et d’autres.
Enicar.com. Site officiel de la marque Enicar (ou plutôt ce qu’elle est devenue).
Crédits photos : Døgen/Flickr, Absolutz/FAM.
0
Image

Avatar de l’utilisateur
fran6
Passionné
Passionné
Réactions : 94
Messages : 2193
Inscription : 21 janv. 2015, 11:17
Localisation : Belgique

Re: Histoire d'Enicar

Message par fran6 » 27 janv. 2017, 16:57

merci super reportage sur cette marque très désirable
fran6.
0
Tout vient à point à qui sait attendre
Mes petit travaux de restauration boitier viewtopic.php?f=24&t=145

Avatar de l’utilisateur
dcm890
Passionné
Passionné
Réactions : 124
Messages : 6956
Inscription : 20 janv. 2015, 21:29
Localisation : Au milieu des lavandes

Re: Histoire d'Enicar

Message par dcm890 » 27 janv. 2017, 17:08

Merci pour toutes ces infos sur une marque ( trop ) méconnue, c'est encore une fois très bien documenté :super:
0
je suis marxiste ........... tendance Groucho

Avatar de l’utilisateur
Amphibia
Passionné
Passionné
Réactions : 77
Messages : 8373
Inscription : 19 janv. 2015, 22:52
Localisation : Ajaccio

Re: Histoire d'Enicar

Message par Amphibia » 27 janv. 2017, 18:15

Merci pour le partage !
J'ai toujours aimé, il y a de superbes modèles.
0

Avatar de l’utilisateur
Mister Blues
Passionné
Passionné
Réactions : 335
Messages : 996
Inscription : 14 déc. 2016, 21:18
Localisation : Yvelines

Re: Histoire d'Enicar

Message par Mister Blues » 27 janv. 2017, 18:24

Très très intéressant, merci Copeau pour cette mine d'infos :respect:
les modèles sherpa sont vraiment attirants :atigrou:
0
"What could you do in 14 seconds ?"

Avatar de l’utilisateur
Loi
Passionné
Passionné
Réactions : 221
Messages : 7823
Inscription : 20 janv. 2015, 19:34
Localisation : La Campagne

Re: Histoire d'Enicar

Message par Loi » 27 janv. 2017, 20:01

Merci Copeau :jap:

J'adore les couleurs qu'ils utilisaient, ils n'avaient vraiment pas peur pour l'époque, aujourd'hui, certains modèles sont très très rares, dommage :cry:
0
La plus belle...La prochaine

saabreit
Intéressé
Intéressé
Réactions : 46
Messages : 186
Inscription : 03 févr. 2016, 19:34

Re: Histoire d'Enicar

Message par saabreit » 15 févr. 2018, 13:26

Intéressant post sur l' histoire d' Enicar, une de ces marques un temps oubliées, et qui connaît un regain d' engouement en collection .
Je n' en avais pas - à part un petit modèle dame offert à ma fille - je viens de trouver ce chronographe type 2303 dit " Garnix" pas trop mal préservé , version Mk2 de la fin des 60's reconnaissable à son aiguille de trotteuse orangée .

Diamètre de 37mm un peu petit à mon goût , un cadran superbe dont le fond gris anthracite est souligné par les échelles noires de l' anneau tachymétrique et des totalisateurs . Sur cette version plaquée , les index rapportés combinent or et tritium .
Les aiguilles Lollipop de la première version ont ici cédé la place à des bâtons lumineux empruntés aux SherpaGraph Mk4, et j' ai remarqué que l' aiguille du totalisateur minutes a été inopportunément repeinte en orangé alors qu' elle devrait être blanche comme ses deux soeurs.
Côté mouvement, c 'est un Valjoux 72 , pas besoin de commenter davantage pour être convaincu que c 'est du sérieux !

Ce beau chronographe aura besoin d' une petite révision, j' ai déjà noté une aiguille de chrono décalée à la remise à zéro, une probable usure de l' engrènement hélice- pignon coulant et cette aiguille orange à reprendre.

Image

Image
2
Image Image

Avatar de l’utilisateur
Copeau
Passionné
Passionné
Réactions : 269
Messages : 2829
Inscription : 07 juil. 2015, 11:24
Contact :

Re: Histoire d'Enicar

Message par Copeau » 15 févr. 2018, 13:50

superbe acquisition !!!
0
Image

Avatar de l’utilisateur
Loi
Passionné
Passionné
Réactions : 221
Messages : 7823
Inscription : 20 janv. 2015, 19:34
Localisation : La Campagne

Re: Histoire d'Enicar

Message par Loi » 15 févr. 2018, 13:55

C'est beau, bravo.
0
La plus belle...La prochaine

Avatar de l’utilisateur
Stef06
Passionné
Passionné
Réactions : 67
Messages : 1104
Inscription : 04 mai 2015, 17:45
Localisation : St Laurent du Var

Re: Histoire d'Enicar

Message par Stef06 » 15 févr. 2018, 15:56

Bravo 👍
0

Répondre

Revenir à « Enicar »